10 janvier 2019

Yves Béal : Lettre d'un poète pour les enfants de Mermoz


Yves Béal
Pêcheur d’Oranges, Éleveur de Troupeaux d’Emotions
https://uneuro.org/les-artistes/yves-beal


Quelque part sur la Planète Bleue,
Le 4 janvier 2019


Aux futurs aviateurs du langage


Chers futur-e-s poètes,

Tout d’abord, bonne année à toutes et tous. Le facteur a bien apporté votre lettre chez moi. Elle est arrivée alors que j’étais en voyage en Italie. Je l’ai lue dès mon retour et j’ai vu que dans chacune de vos 5 questions, il y avait le mot « poème ». Je me suis donc dit qu’il était important que je vous montre comment j’écris un poème, comment je choisis les mots. Voilà, je me lance.

Je sais que vous habitez Muret. Ce sera mon choix pour le 1er mot. Vous êtes à l’école Mermoz. Ce sera mon 2ème mot. Et peut-être que je garderai le mot poème comme 3ème mot.

Pour chacun de ces 3 mots, je vais faire 2 choses.

D’abord, me demander à quels autres mots, ces mots me font penser, par exemple, je vais en trouver 4 pour chaque mot (attention, j’aurais pu choisir d’en trouver 5 ou même 10). Plus j’ai de mots dans mon réservoir poétique, plus cela m’aidera à écrire… mais aussi, ce sera de plus en plus long. Alors, je reste à 4. Allons-y.

Réservoir poétique n°1 :
Muret → mur, enfermer, sauter, jardin
Mermoz → avion, océan, courrier, archange
Poème → écrire, vie, éternité, humanité

Ensuite, pour la 2ème chose à faire avec ces mots, je vais bien regarder les lettres, les syllabes et les sons et je vais fabriquer d’autres mots en utilisant à peu près les mêmes. Essayons.
Réservoir poétique n°2 :

Muret → remuer, muet, marée, meurt… (j’aurais pu en trouver beaucoup plus mais je m’arrête à 4)
Mermoz → mer, mère, oser, rose…
Poème → peau, aime, mot, peine…

Maintenant, je vais fabriquer des « brins de poésie » c’est-à-dire des bouts de phrases en passant du réservoir 1 au réservoir 2 :

• au-dessus de l’océan, l’avion ose remuer le jardin d’éternité
• la rose meurt de ne recevoir aucun courrier
• ma peau se fane de penser à la marée
• derrière chaque mur et dans chaque mot, la vie enfermée…
• muet, j’écris ma peine

J’ai presque terminé mes réserves. Je vais quand même aller voir si les poètes ne peuvent pas me donner un « brin de poésie ». J’ouvre un livre de poèmes au hasard et, après quelques instants de lecture, je remercie Pierre Colin de me prêter « la rue sort de sa carapace » que je vais transformer pour en faire un « brin de poésie » à moi : rue → chemin, route / sortir → quitte, abandonne, naît, émerge, enlève… / carapace → casse, cape, cap, passe, rapace, cage…

Je fabrique : la route abandonne sa cage de goudron, devient chemin, passe sa cape de verdure
Enfin, je peux tisser mes « brins de poésie » pour écrire mon poème :

1ère écriture :

je ne suis qu’une rose qui attend la rosée
et que la créature dans son aéroplane abandonne sa cage de goudron
derrière chaque mur, vie enfermée
en chaque lettre, vie libérée
la rose meurt d’être sans courrier
muette, elle écrit sa peine
au-dessus de l’océan, l’avion
ose remuer son jardin d’éternité
ma peau se fane de penser à la marée
murs et murets ne cessent de murmurer
que la mer est notre mère,
n’aie pas peur de sauter, t’envoler
aimes-tu mon poème, monsieur Jean ?
il est minuit au champ d’humanité
quand le chemin que tu as ouvert tout grand
enfile sa cape de brume et d’aventure…

2ème écriture (peut-être finale… mais pas sûr) :

Le nouvel ange ?
à Jean Mermoz, aviateur, et aux enfants de CP/CE1 de l’école Mermoz à Muret
Muette, j’écris ma peine
Je ne suis qu’une rose qui attend la rosée,
Le passage du facteur dans son aéroplane
Je meurs d’être sans courrier,
Vie enfermée derrière murs et murets
Sur l’océan, l’avion ose remuer le jardin d’éternité
Pourquoi, Monsieur Jean, ne viens-tu pas ce matin ?
Une carte, une lettre, et la vie libérée
La mer est notre mère, elle est parfois amère
Qui demain comme toi quittera
La cage de goudron, la terre pour le ciel
Qui demain comme toi oseras… sauter ?

Yves Béal – 4 et 5 janvier 2019

Voilà donc ce petit bout d’aventure d’écriture. J’espère qu’ainsi j’aurais répondu à vos questions. N’hésitez pas à m’en poser d’autres. Je vous envoie, pour cette nouvelle année, plein de papillons-bisous poétiques pour embellir votre jardin d’imagination.

A bientôt, Yves

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